La première fois que je suis venu à Taiwan[1], j'avais trouvé une colocation via la liste de diffusion des Francophones de Taiwan. La deuxième fois, c'était via le site TEALIT.
Cette fois, j'avais le temps de chercher et un budget logement sensiblement supérieur à celui de mes voyages antérieurs.
J'ai commencé par éplucher les sites Internet, et en particulier les sections 出租 (chū zū, locations) de Yahoo! Auction (encore très répandu en Asie contrairement à l'Europe où il a été étouffé par la concurrence) et de Kijiji. 591 a aussi été une piste très intéressante, le site étant dédié au marché de l'immobilier et possédant un système de recherche assez bien fichu qui permet de filtrer les réponses en fonction du prix, de l'endroit, du nombre de chambres et d'autres paramètres.
Malheureusement, j'ai oublié beaucoup de choses en chinois depuis 2006, et il n'était donc pas évident de discuter contractuel avec les personnes qui me faisaient visiter ! J'avais déjà du mal à demander s'il y avait un frigo, alors vous imaginez pour discuter des mensualités et du dépôt...
Comme mes recherches ne donnaient rien de vraiment concluant, je me suis rabattu sur une ou deux agences qui m'ont fait visiter un paquet d'appartements dans la même journée. L'avantage, c'est qu'on peut leur expliquer précisément ce qu'on cherche. L'inconvénient, c'est que si on signe un bail grâce à cette agence, il faut lui verser une somme (en général, la moitié d'un mois de loyer).
Visites : stupeur et tremblements
Selon les quartiers de Taipei, les logements changent. Dans le quartier de Xinyi, qu'on pourrait plus ou moins qualifier de quartier des affaires, les immeubles sont en général très récents ; en revanche dans d'autres quartiers, les immeubles datent des années 60 ou 70. Ces immeubles, qui étaient sans doute tous plus ou moins identiques à l'origine ont évolué au fil des années et il est parfois étonnant de noter les différences entre deux immeubles connexes.
Dans les immeubles récents, c'est une débauche de paillettes et fanfreluches dès le hall d'entrée : des halls marbrés gigantesques souvent ornés de fontaines ou de mares où des carpes évoluent aussi mollement que les gardes qui sont censés assurer une sécurité maximale à l'ensemble de l'immeuble et ce, 24 heures sur 24. Je ne parle évidemment pas de l'ouverture électronique des portes et des ascenseurs climatisés réfrigérés, activables uniquement avec une carte magnétique et qui vous indiquent tout de façon vocale[2].
Le coup des gardiens a fait partie de mes chevaux de bataille. À force de visiter les appartements, je me suis mis à refuser systématiquement tout appartement situé dans un immeuble gardé. Les raisons sont simples :
- Je déteste être fliqué, et les milliers de caméras installées partout dans la ville me sont déjà assez pénibles ;
- Taiwan, c'est Bisounours-land. Une fille pourrait s'y balader en bikini à quatre heures du matin sans rencontrer le moindre problème. Un garde ne sert donc strictement à rien. Non, vraiment ;
- Ça coûte cher : les loyers montent dès qu'il s'agit d'un building gardé, et je pense qu'il faut compter entre 4000 et 5000 NT par mois (soient une centaine d'euros) pour ce genre de service.
Seulement voilà : la plupart des immeubles situés dans le centre de Taipei sont gardés. Impossible ou presque d'y échapper ! Alors il faut s'excentrer un peu.
Deuxième problème : la place. En visitant des appartements par moi-même, j'ai rencontré un Canadien qui avait vécu un an dans un appartement minuscule, avant de trouver l'appartement qu'il s'apprêtait maintenant à quitter pour rentrer au bercail, bien plus grand et lumineux. Il se demandait comment il avait fait pour ne pas devenir fou dans son appartement précédent, lui qui vient d'un pays où les maisons sont toutes plus grandes les unes que les autres.
Et des appartements minuscules, j'en ai vus... minuscules et sombres. C'est que les Taiwanais sont bons en calcul : les appartements de taille familiale des immeubles situés dans les quartiers centraux sont rachetés, puis scindés en deux ou trois appartements de taille bien plus petite, et totalement rénovés. Résultat : des appartements de la taille d'une petite chambre d'hôtel loués à prix d'or, avec sol en marbre dans la salle de bain et climatisation dernier cri, mais sans fenêtres. Mais évidemment, louer trois appartements, c'est beaucoup plus lucratif que d'en louer un seul...
Enfin, certains appartements contiennent une ou deux chambres à la japonaise, c'est-à-dire avec un plancher surélevé et une porte coulissante. Charmant, mais vraiment pas indispensable dans un endroit où la place est comptée ! D'autant que je me voyais mal, mon mètre quatre-vingts et moi, agenouillés devant une table basse à faire de la calligraphie...
La superficie : vie publique, vie privée
Les Taiwanais ont adopté le système métrique, mais personne n'utilise les mètres carrés pour parler de la superficie d'un appartement ou d'une maison. Ils parlent en pings (坪), un ping équivalant à 3,306 mètres carrés. À première vue, la visite d'un appartement estampillé "25坪" fait donc saliver !
Seulement voilà : la superficie inclut les parties publiques ! Autant dire que quand on entre dans un immeuble doté d'un hall d'entrée luxuriant, on sait d'office qu'on va visiter un clapier. Vous comprenez donc pourquoi le coup des halls d'entrée pharaoniques a aussi fait partie de mes chevaux de bataille.
Tout est bien qui finit bien
Je commençais vraiment à désespérer avec mes recherches infructueuses, mais j'ai fini par trouver un appartement via une agence qui se situe au sommet d'un immeuble ni trop récent ni trop vieux (donc sans gardien particulier ni hall d'entrée titanesque) et qui, comble du bonheur, est très lumineux. Pensez donc : je peux prendre ma douche matinale sous les rayons du soleil !
Et comme si ça ne suffisait pas, j'ai hérité d'une grande terrasse qui, si mon côté Valérie Damidot se réveille, se transformera un peu dans les semaines à venir...
Je dis que trouver un logement n'est pas une mince affaire, mais comparé à Paris c'est sûrement beaucoup plus simple : ici, les prix sont négociables (vive la crise !), on a du temps pour réfléchir, et on n'a pas besoin de montrer patte blanche (et compte bancaire approvisionné) sur cinq générations pour pouvoir signer le bail !
